Chantier fluvial, zone portuaire, écluse, station d'épuration, bassin industriel : dès qu'un salarié travaille au bord de l'eau, le gilet de sauvetage gonflable (aussi appelé gilet autogonflant ou gilet de sauvetage automatique) devient son dernier rempart contre la noyade. Encore faut-il choisir le bon modèle, le vérifier, le réarmer… et savoir s'en servir le jour où l'on tombe à l'eau.
En bref
- En usage professionnel, le gilet gonflable doit être un vrai gilet de sauvetage (100 N minimum, 150 N ou 275 N selon le milieu), jamais une simple aide à la flottabilité 50 N.
- Le déclenchement automatique, doublé d'une tirette manuelle, est la règle.
- Les gilets gonflables font l'objet d'une vérification générale au moins tous les 12 mois, tracée dans le registre de sécurité.
- Après un déclenchement, le gilet se réarme selon la notice du fabricant, avec le kit correspondant au modèle exact.
- Un gilet ne protège que s'il est bien porté, bien réglé et connu de celui qui le porte. Le Code du travail impose d'ailleurs une formation adéquate à tout salarié qui utilise un EPI.
Pourquoi un gilet autogonflant mal porté ne protège pas
Sur le terrain, on voit souvent la même scène : des gilets neufs, bien rangés dans le local… et des salariés qui les portent ouverts, sangle sous-cutale pendante, sans avoir jamais vu un gilet se gonfler.
Or une chute à l'eau ne laisse pas le temps de réfléchir. Le froid provoque un réflexe de suffocation dans les premières secondes, les vêtements de travail s'alourdissent, le courant emporte. Si le gilet remonte au-dessus des épaules faute de sous-cutale, s'il ne se déclenche pas parce que la cartouche est vide, ou si la personne ne sait pas où trouver la tirette manuelle, l'équipement le plus cher du marché ne sert à rien.
Choisir le bon gilet est donc la première étape. L'entretenir et apprendre à s'en servir sont les deux suivantes, et elles comptent autant.
Ce guide est neutre : Vital Forma est un organisme de formation, sans lien commercial avec aucun fabricant. Les marques citées plus bas le sont à titre d'information, par ordre alphabétique.
Pour le cadre réglementaire général du risque de noyade au travail (métiers concernés, obligations, formations), consultez notre article → Risques aquatiques au travail : ce que dit la réglementation.
Gilet de sauvetage ou aide à la flottabilité : 50, 100, 150 ou 275 N ?
La flottabilité d'un gilet s'exprime en newtons (N). Mais le chiffre ne dit pas tout : ce qui compte, c'est la capacité du gilet à retourner une personne inconsciente sur le dos et à garder ses voies respiratoires hors de l'eau. C'est ce qui distingue un gilet de sauvetage d'une aide à la flottabilité.

| Niveau | Type | Retourne une personne inconsciente ? | Usage professionnel (selon l'INRS, ED 119) | Norme |
|---|---|---|---|---|
| 50 N | Aide à la flottabilité | Non | À proscrire en milieu professionnel (sport et loisirs uniquement) | ISO 12402-5 |
| 100 N | Gilet de sauvetage | Oui, en eaux calmes | Eaux calmes : bord de bassins, chantiers surveillés et sécurisés | ISO 12402-4 |
| 150 N | Gilet de sauvetage | Oui | Mer, fort courant, navigation | ISO 12402-3 |
| 275 N | Gilet de sauvetage | Oui, y compris avec vêtements lourds | Vagues déferlantes, conditions difficiles, industrie lourde, port de vêtements de protection ou d'outillage | ISO 12402-2 |
À retenir pour l'acheteur :
- Plus la tenue de travail est lourde (veste de pluie, vêtement haute visibilité épais, outillage, harnais), plus il faut de flottabilité pour garantir le retournement. En pratique, 275 N est très répandu sur les chantiers, les ports et en industrie.
- En navigation professionnelle sur navire, d'autres exigences peuvent s'appliquer (gilets SOLAS/MED). Vérifiez la réglementation propre à votre activité.
- Les gilets sont des EPI de catégorie III au sens du règlement (UE) 2016/425 : ils protègent contre un risque mortel. Ils doivent porter le marquage CE et être livrés avec leur notice d'instructions (à vérifier dès la réception).
Comment se déclenche un gilet autogonflant ? Pastille, hydrostatique ou manuel
Un gilet gonflable contient une vessie repliée dans une housse, une cartouche de CO₂ et un percuteur. Au contact de l'eau, le percuteur perce la cartouche et le gilet se gonfle en quelques secondes. L'INRS rappelle qu'en usage professionnel, le déclenchement automatique est de règle, systématiquement doublé d'un déclenchement manuel (tirette).

- Housse : protège la vessie repliée et s'ouvre au gonflage
- Vessie gonflable : donne la flottabilité et retourne la personne sur le dos
- Cartouche de CO₂ : gonfle la vessie en quelques secondes
- Percuteur automatique : perce la cartouche au contact de l'eau
- Fenêtre de contrôle : vert = armé, rouge = à réarmer
- Tirette manuelle : déclenchement à la main si besoin
- Sangle sous-cutale : empêche le gilet de remonter au-dessus de la tête
- Sifflet et bandes réfléchissantes : pour signaler sa présence et être repéré

Déclencheur à pastille soluble

Déclencheur hydrostatique

| Déclencheur à pastille ou capsule soluble | Déclencheur hydrostatique | Déclenchement manuel | |
|---|---|---|---|
| Principe | Un élément (papier compressé, cellulose) se dissout au contact de l'eau et libère un ressort qui perce la cartouche | Une valve s'ouvre sous la pression de l'eau, une fois le gilet immergé | L'utilisateur tire la poignée |
| Exemples de systèmes | UML Pro-Sensor, Halkey-Roberts, SECUMATIC (SECUMAR) | Hammar MA1 | Présent sur tous les gilets pro |
| Points forts | Réarmement plus simple et kit moins cher | Insensible à la pluie, aux embruns et à l'humidité : pas de déclenchement intempestif | Fonctionne même si l'automatique est défaillant |
| Limites | Peut se déclencher sans chute (pluie battante, stockage humide, lavage au jet) | Kit de réarmement plus cher | Ne fonctionne pas si la personne est inconsciente |
| Entretien type | Élément soluble à remplacer à la date indiquée (chaque année en usage pro chez certains fabricants) | Tête à remplacer à sa date d'expiration (5 ans chez Hammar) ou si l'indicateur passe au rouge | Contrôle visuel de la poignée et de la cartouche |
Attention à une confusion fréquente : les « 5 ans » du déclencheur hydrostatique concernent la tête de déclenchement, pas le gilet. Le gilet reste soumis à la vérification annuelle.
Comment choisir ?
- Travail sous la pluie, près de jets d'eau, en station de lavage ou sur un bateau exposé aux embruns : l'hydrostatique évite les déclenchements intempestifs.
- Environnement plus sec, ou gilets destinés à être déclenchés régulièrement (exercices, formation) : la pastille limite le coût de réarmement.
- Dans tous les cas, privilégiez un modèle doté d'une fenêtre de contrôle qui montre si le percuteur est armé (indicateur vert) ou non (rouge).


Gilet de sauvetage au travail : ce que la réglementation impose à l'employeur
Sans reprendre l'ensemble du cadre légal, quatre textes structurent le sujet :
- Article R4534-136 du Code du travail (chantiers du BTP) : lorsque des travailleurs sont exposés à un risque de noyade, ils sont munis de gilets de sauvetage, un signal d'alarme est prévu et des moyens de sauvetage sont disponibles à proximité. → Légifrance
- Article R4323-106 du Code du travail : « L'employeur fait bénéficier les travailleurs devant utiliser un équipement de protection individuelle d'une formation adéquate comportant, en tant que de besoin, un entraînement au port de cet équipement. Cette formation est renouvelée aussi souvent que nécessaire […]. » → Légifrance
- Arrêté du 19 mars 1993 : il fixe la liste des EPI soumis à vérification générale périodique, dont les gilets de sauvetage gonflables. → Légifrance
- Fiche INRS ED 119 « Équipements individuels de flottabilité » (3ᵉ édition, 2025) : la référence technique pour choisir, contrôler et utiliser ces équipements. → INRS
Au-delà de ces textes, l'obligation générale de sécurité de l'employeur impose d'évaluer le risque de chute à l'eau dans le document unique et de définir les mesures de prévention associées. → voir notre article DUERP : obligations et mise en conformité.
Vérification annuelle, réarmement et durée de vie d'un gilet gonflable : qui fait quoi ?
C'est souvent là que les entreprises sont les moins à l'aise. Voici une répartition simple, à adapter à la notice de vos gilets.

- Réception : marquage CE, notice, numéro d'identification
- Avant chaque usage : contrôle visuel par le porteur
- Au moins tous les 12 mois : vérification générale inscrite au registre de sécurité
- Réforme : gilet endommagé, contrôle non concluant ou durée de vie atteinte
- Après un déclenchement : réarmement avec le kit du modèle exact, puis nouveau contrôle
| Quand ? | Quoi ? | Qui ? |
|---|---|---|
| À la réception | Vérifier le marquage CE, la norme, la présence de la notice. Attribuer un numéro d'identification à chaque gilet et ouvrir sa fiche de suivi | Responsable désigné (HSE, chef de chantier, magasin) |
| Avant chaque utilisation | Contrôle visuel : housse fermée et intacte, indicateur de percussion au vert, cartouche vissée, tirette accessible, sangles et sous-cutale en bon état | Le porteur, formé à ce contrôle |
| Au moins tous les 12 mois | Vérification générale : contrôle complet, test d'étanchéité de la vessie, contrôle de la cartouche (pesée) et du déclencheur. Résultat consigné dans le registre de sécurité | Selon la notice : personne compétente de l'entreprise si le fabricant l'autorise, ou station de révision agréée (plusieurs fabricants l'exigent en usage pro) |
| Après un déclenchement | Réarmement : remplacement de la cartouche et de l'élément déclencheur, contrôle du mécanisme et de l'indicateur, contrôle de la vessie, séchage complet, repliage conforme | Personne formée, avec le kit correspondant au modèle exact, en suivant la notice |
| Fin de vie | Retrait du service si le gilet est endommagé, si un contrôle n'est pas concluant ou si la durée de vie est atteinte | Responsable désigné |
Durée de vie : l'INRS recommande une durée de vie maximale de 10 ans, sous réserve de bonnes conditions de stockage et d'entretien. La vérification annuelle ne remet pas le compteur à zéro. Certains fabricants indiquent qu'un gilet soumis à un usage commercial intensif peut devoir être remplacé bien plus tôt. La notice fait foi.
Les erreurs qu'on rencontre le plus souvent :
- Un kit de réarmement « universel » ou d'un autre modèle : la cartouche peut être d'un mauvais grammage et le gilet ne pas se gonfler correctement.
- Un gilet replié encore humide : moisissures, et déclenchement intempestif pour les modèles à pastille.
- Une cartouche mal vissée ou percée non remplacée : le gilet ne gonflera pas.
- Aucune traçabilité : impossible de prouver que les vérifications ont été faites.


Comparatif des gilets de sauvetage gonflables professionnels par fabricant
Pour vous aider à repérer l'offre, voici une sélection non exhaustive de fabricants proposant des gammes destinées au travail. Informations relevées sur les sites des fabricants en septembre 2026 ; les gammes évoluent, seule la notice du modèle fait foi.
Vital Forma n'a aucun lien commercial avec ces marques. Classement par ordre alphabétique.
| Fabricant | Exemples de modèles pro | Flottabilité | Déclencheurs proposés | Points à noter | Entretien selon le fabricant |
|---|---|---|---|---|---|
| Crewsaver (Royaume-Uni) | Crewfit 275N XD Workvest | 275 N | Automatique ou hydrostatique Hammar | Housse renforcée lavable, fenêtre de contrôle, avec ou sans harnais | Révision annuelle recommandée |
| Guy Cotten (France) | GC-Rescuer, GC Pro Savior 165 | 150 N | Automatique UML | Tissu anti-abrasion, fenêtre de contrôle ; fabricant spécialisé pêche et industrie | Stations de révision agréées en France |
| LALIZAS (Grèce) | Lamda | 275 N (SOLAS/MED) | Selon version | Double chambre, pensé pour vêtements lourds ; housse de travail en option | Réseau de stations de service |
| Mullion (Royaume-Uni) | Hi-Rise 275 SOLAS, Hi-Tide 275 FR AST, Welders 275 | 275 N | Halkey-Roberts ou Hammar | Versions ignifuge / antistatique et soudure ; housses lavables | Révision annuelle ; réseau de stations en France |
| Plastimo (France) | Pilot Pro 300, Pro 165 Hammar | 150 à 300 N | UML ou Hammar | Housse PVC double enduction ou anti-feu, fenêtre de contrôle | Révision annuelle obligatoire en usage pro, stations agréées |
| SECUMAR (Allemagne) | Golf 275, Golf 275 FR AC, Alpha 275 3D | 275 N | SECUMATIC | Versions ignifuge / antistatique | Révision par le fabricant ou station agréée |
| Spinlock (Royaume-Uni) | DURO+ 275N, DURO SOLAS | 275 N | UML Pro Sensor | Gamme conçue pour les professionnels ; version SOLAS annoncée compatible avec la plupart des harnais antichute | Auto-contrôle possible selon le manuel du fabricant |
Liens vers les gammes professionnelles (sites officiels) :
- Crewsaver → gilets commerciaux (site en anglais)
- Guy Cotten → gilets pêche et industrie
- LALIZAS → gilet Lamda SOLAS/MED (site en anglais)
- Mullion → gilets de sauvetage
- Plastimo → gilets de sauvetage gonflables
- SECUMAR → industrie et usage professionnel
- Spinlock → DURO+ (site en anglais)
Travail en hauteur au-dessus de l'eau ? Si vos salariés portent aussi un harnais antichute (quais, écluses, ponts, pontons), vérifiez avec le fabricant la compatibilité entre le gilet et le harnais : un gilet qui se gonfle sous des sangles serrées peut être comprimé ou gêner le retournement.
Comment choisir un gilet de sauvetage gonflable professionnel : 8 questions à se poser
Avant de commander, posez-vous ces questions. Elles valent autant pour un gilet de chantier que pour un parc de gilets de formation.
- Quel milieu ? Bassin, rivière à courant, port, mer : il détermine le niveau de flottabilité (100, 150 ou 275 N).
- Quelle tenue ? Vêtements lourds, EPI, outillage : montez en flottabilité.
- Quelles conditions ? Pluie, embruns, lavage au jet : privilégiez l'hydrostatique.
- Quels risques associés ? Soudure, flamme, zone ATEX : il existe des versions ignifuges et antistatiques.
- Harnais antichute porté en même temps ? Vérifiez la compatibilité.
- Fenêtre de contrôle du percuteur ? Indispensable pour le contrôle avant usage.
- Kits de réarmement faciles à trouver, et à quel coût ? Pour un usage avec déclenchements fréquents, c'est presque aussi important que le prix du gilet.
- Entretien possible en interne ou station agréée obligatoire ? Et où se trouve la station la plus proche ?
Cas particulier : les gilets destinés aux exercices et à la formation. Ils sont déclenchés et manipulés souvent. Privilégiez une housse résistante, des kits de réarmement disponibles à coût raisonnable, une notice claire pour le réarmement, et une traçabilité individuelle (numéro, date d'achat, dates de contrôle et de réarmement). Prévoyez aussi leur renouvellement plus fréquent.

Formation au port du gilet de sauvetage : pourquoi elle fait la différence
Le Code du travail demande un « entraînement au port » de l'EPI. Pour un gilet gonflable, cela veut dire concrètement :
- Savoir le porter et le régler : fermeture, serrage, sangle sous-cutale, position de la tirette.
- Savoir le contrôler avant usage : indicateur, cartouche, état de la housse.
- Avoir vécu une chute à l'eau avec un gilet qui se déclenche : la surprise du gonflage, le retournement, le choc du froid. Un salarié qui l'a vécu une fois en conditions encadrées réagit mieux le jour où ça arrive pour de vrai.
- Savoir se positionner et attendre les secours, aider un collègue, utiliser bouée, perche ou ligne de vie.
- Comprendre le fonctionnement du gilet et savoir le réarmer après un déclenchement.
Chez Vital Forma, ces points sont travaillés dans l'eau, pas seulement en salle :
- Risque de chute à l'eau – Niveau 1 (RCE 1) : pratique en piscine, port et réglage du gilet, simulation de chute avec déclenchement réel, assistance à un coéquipier.
- Risque de chute à l'eau – Niveau 2 (RCE 2) : pratique en milieu naturel (rivière, plan d'eau, zone portuaire), fonctionnement détaillé du gilet et réarmement par les stagiaires, techniques de sauvetage.
- FIRCE – Formation initiale risque de chute à l'eau : l'essentiel en une journée, théorie le matin et pratique en milieu naturel l'après-midi, sans prérequis de niveau.
- RRCE – Recyclage : une journée pour entretenir les bons réflexes, recommandée tous les 3 ans maximum.
- Pour les équipes qui naviguent : Pilotage d'embarcation motorisée – Niveau 1 et Perfectionnement au pilotage d'embarcation rapide ; pour intervenir sur une victime : Sauveteur face aux risques aquatiques ; pour les services exposés aux crues : Sécurité lors d'inondation.
Toutes nos formations se déroulent en intra-entreprise, en Île-de-France et partout en France. → Voir toutes les formations risques aquatiques
La prévention du risque de noyade n'est pas qu'une case à cocher. Des salariés qui connaissent leur équipement et savent réagir, ce sont moins d'accidents graves, des équipes plus sereines au bord de l'eau et un employeur qui peut démontrer qu'il a fait ce qu'il fallait.
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Sources : INRS, ED 119 – Équipements individuels de flottabilité (3ᵉ éd., 2025) · Code du travail, art. R4534-136 et R4323-106 · Arrêté du 19 mars 1993 · sites officiels des fabricants cités.
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